jeudi, 31 août 2006
Le NON du souverain
Wäre es da nicht doch einfacher, die Regierung löste das Volk auf und wählte ein anderes ?
Bertolt Brecht, Die Lösung
« Ne serait-il pas tout bonnement plus simple que le gouvernement dissolve le peuple et en élise un autre ? », poème La solution, composé après l’insurrection populaire de 1953 à Berlin-Est. Le jeu de mots est plus net en allemand entre dissoudre (auflösen) et solution (Lösung).
En dépit d’une propagande intensive, souvent grossière, parfois insidieuse, le peuple français a répondu massivement NON à la question soumise à référendum par le Président de la République : « Approuvez-vous le projet de loi qui autorise la ratification du traité établissant une Constitution pour l’Europe ? » Trois jours après, le peuple néerlandais récusait lui aussi, massivement, le projet. Au souverain mépris que l’oligarchie européenne affiche à l’égard des peuples tenus pour de vulgaires populaces dévoyées par des populistes, les peuples de France et des Pays-Bas - élites comprises - opposèrent leur NON. C’est le début d’un renouveau. Même si le Premier ministre britannique fuit courageusement le verdict populaire en ajournant le référendum initialement prévu.
Les partisans du NON n’auront certes pas tous lu l’intégralité de l’illisible texte. Ceux du OUI moins encore, y compris parmi les parlementaires qui l’ont approuvé d’enthousiasme. Mais tous auront entendu l’essentiel des échanges entre dirigeants politiques, porte-parole, intellectuels et autres. Beaucoup auront pris part aux échanges de courriers électroniques court-circuitant les éditoriaux bien-pensants du parti unique UDMPS, de ses journaux, de ses médias publics et privés. Tous ont entendu les généralités favorables au OUI et les commentaires et citations précis du NON. Notre post-démocratie globalitaire n’étant pas totalitaire, il lui fallait faire la part du feu, inviter des contestataires irrépressibles et irrépréhensibles. Les systèmes les mieux rôdés ont leurs failles. Le peuple français s’est approprié le texte du TECE, il en a débattu, il l’a confronté à sa vie quotidienne, face à des oligarchies arrogantes qui, prétendant à l’appellation d’élites, avouaient, comme Jacques Chirac devant un échantillon de jeunes électeurs, « ne pas comprendre. »
Les sociétés européennes traversent une grave crise politique dont les dirigeants (qui, préoccupés de garder ou de reconquérir leurs places de « pouvoir », dirigent de moins en moins) n’ont pas pris la mesure, ni à droite ni à gauche. Les élites se sont oligarchisées, coupées du peuple qu’elles méprisent et négligent. Leurs concepts clés sont le marché, la subsidiarité, la gouvernance. Dans la société travaillent des forces et des idées nouvelles, se constituent, par Internet et dans des assemblées locales, de nouvelles connections entre des élites (nouveaux « intellectuels organiques ») et le peuple.
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